INNOVATIONS PHOTOGRAPHIQUES
INNOVATIONS PHOTOGRAPHIQUES
Depuis 1826, la photographie révolutionne les arts autant que les techniques. Ses procédés et ses matériels ne cessent d’évoluer et son histoire est jalonnée par des inventions multiples et variées. La plupart sont brevetées. Focus ...
INVENTER PAR NÉCESSITÉ
Au milieu du 19e siècle, la photographie naissante reste à inventer. Certains se consacrent pleinement à cette tâche. D’autres, spécialisés dans d'autres domaines d'étude, font évoluer le nouveau médium pour leurs besoins propres. Gustave Le Gray, peintre et photographe déjà renommé, met au point un nouveau genre de papier négatif dont il se sert dans le cadre de la mission héliographique à laquelle il participe en 1851.
Les petits papiers de Gustave
Les talents de Gustave sont autant reconnus pour la peinture que pour la photographie. Après avoir expérimenté la technique au collodion, il dépose en 1851 un brevet d'invention pour un genre de papier préparé pour la photographie : le négatif sur papier ciré sec. Précisant que la photographie sur papier est appelée à prendre tant d'extension que dans l'intérêt de l'art il devient nécessaire de diriger toute son attention et ses recherches, soit dans la fabrication du papier, soit dans sa préparation, pour obtenir toute la finesse et l'effet artistique désirables. Effectivement, cette invention révolutionne la pratique photographique, notamment de voyage. Désormais, les négatifs peuvent être transportés et surtout préparés et conservés jusqu'à quinze jours à l'avance, chose impossible jusqu'alors. Le Gray en fait lui-même l'expérience au cours de la mission héliographique de 1851 commanditée par la Commission des monuments historiques. Le brevet d'invention contient trois échantillons de papier : un de papier ciré, un de papier ciré et ioduré et un de papier ciré ioduré et nitraté. Peut-être les seuls connus de ce type restés vierges à ce jour.
Nadar, cherchant le moyen d'effectuer des relevés topographiques, découvre la photographie aérienne. L'appareil, fixé dans une nacelle sous un ballon dirigeable, prend les premières vues de Paris depuis le ciel.
La terre vue du ciel
Au 19e siècle, les nombreuses applications de la photographie font l'objet de brevets aussi célèbres que curieux. En 1858, Gaspard Félix Tournachon dit Nadar en 1858 propose un moyen d’effectuer des relevés cartographiques à l’aide de photographie aérienne. Nadar prévoit en effet, de fixer l’appareil sur le bord d'une nacelle de ballon ou de le disposer au fond, orienté vers le sol. La nacelle se trouve ainsi transformée en chambre noire mais aussi en laboratoire où peuvent s'opérer les opérations telles que collodionner, sensibiliser et même développer l'image.
Le physicien Léon Foucault met au point un héliostat, appareil d'observation astronomique, permettant également d'obtenir des agrandissements photographiques de ces observations.
À la loupe ! Photographie et astronomie
L'astronome et physicien français Jean Bernard Léon Foucault, connu pour ses recherches sur la vitesse de la lumière, pour le gyroscope ou encore pour sa démonstration de la rotation de la terre, s'intéresse très tôt à la photographie. Il y voit notamment toutes les possibilités qu’elle peut offrir dans le cadre de ses recherches astronomiques. Il propose, dès 1841, une amélioration du procédé de Daguerre et la copie de l'image du daguerréotype sur cuivre. Défenseur de la photographie astronomique, il réalise un daguerréotype du soleil en avril 1845 et étudie également la photographie microscopique. Il apporte aussi des perfectionnements à l'optique et la construction des télescopes. L’héliostat qu’il brevète en 1862 est un appareil d'observation astronomique, permettant également d'obtenir des agrandissements photographiques de ces observations.
CHEZ LE PHOTOGRAPHE
Quelques fois critiquée, souvent moquée, sous le Second Empire la démocratisation de la photographie est pourtant en marche. Cet engouement conduit des photographes de plus en plus nombreux à ouvrir leur propre atelier. A la fin du 19e siècle, on va tous se faire tirer le portrait ... La photographie abolirait-elle les classes sociales ?
Souriez!
Eugène Disdéri imagine et conçoit le portrait carte-de-visite dont le succès est immédiat et immense. Il s'agit d'un format standard de photographie de 6 centimètre de large par un peu plus de 10 centimètre de long, réalisé avec un appareil muni de plusieurs objectifs. L’appareil permet de prendre différents clichés sur une même plaque, réduisant ainsi les frais de fabrication. Avec le même nombre de manipulations et d'opérations, davantage d'épreuves sont produites. Ce nouveau type de reproduction prend sa forme définitive quand l'image est contrecollée sur un carton rigide sur lequel se trouvent imprimées au bas de l'image ou au dos du carton, des informations sur le photographe ou l'atelier l'ayant réalisée. L'Empereur Napoléon III se serait lui-même fait photographier dans le studio de Disdéri qui brevète ce procédé en 1854.
Quoi qu'il en soit, l'atelier se remplit peu à peu de tout un matériel propre aux besoin du photographe : accessoires hétéroclites pour la mise en scène d'une clientèle de plus en plus exigeante ou mécanismes plus spécifiques pour en soutenir les longues poses.
On ne bouge plus !
Si les techniques photographiques progressent rapidement au 19e siècle, le temps de pose reste encore long. Pour éviter les flous et les photographies manquées, le sujet doit se tenir strictement immobile pendant de longues secondes. Oliver François Xavier Sarony est un photographe québécois, itinérant avant de s’installer à Scarborough au nord de l’Angleterre. Il y fonde l'un des plus importants studios de photographie d'Europe dans lequel il expérimente un appui-tête perfectionné qui consiste "en un appareil destiné à donner plus d'appui, d'aise et de liberté de mouvement aux personnes qui posent pour les portraits photographiques". Il brevète son système en France en 1865.
DE TOUTES LES COULEURS
Dès l'invention de la photographie et parallèlement à la production d’images rehaussées à la main de peinture, se pose la question de la prise directe en couleurs. Dès 1857, Testud de Beauregard invente la photochromie qui est un procédé teintant les épreuves photographiques à l'aide de différents mélanges chimiques. Les découvertes faites dans le domaine de la chimie font considérablement progresser les techniques photographiques tout au long du 19e siècle.
La photochromie
En 1857, l'ingénieur et inventeur Félix Alexandre Testud de Beauregard propose des épreuves photographiques réalisées sans sels d'argent. Les sels d'argent, noircissant à la lumière, sont à l’époque au cœur même du principe photographique. Contrairement à la pratique courante, l’inventeur ajoute des matières colorantes permettant, avant la réaction solaire du bichromate et de la gélatine, d'obtenir des épreuves colorées. Le procédé breveté annonce les débuts de la photographie en couleur.
Plus tard, Léon Vidal invente un procédé d'impression trichromique qui consiste à superposer 3 tirages monochromes pour obtenir au final un tirage polychrome.
La photolithographie
Dès 1840, les photographes cherchent à capter les couleurs. Depuis le coloriage des plaques daguerréotypes jusqu'à l'invention de l'autochrome par les frères Lumière, cette quête est une constante. Léon Vidal, chimiste et vulgarisateur scientifique, invente un procédé de photochromie, breveté en 1872, qui s'inscrit dans cette volonté d'un rendu naturel des couleurs. Dans son dépôt de brevet, il indique que son "invention consiste dans l'emploi combiné d’épreuves en couleurs obtenues soit par la photographie soit par divers moyens mécaniques tel que la lithographie, la typographie, la gravure de sorte que l'ensemble de ces épreuves superposées constitue une seule et même image polychromes."
C'est Ducos du Hauron qui maîtrise enfin les couleurs. Plus tard, les frères Lumière inventent et commercialisent l'autochrome, issu d'un processus d'une des différentes méthodes de photographie en couleur. Ducos du Hauron, ainsi que Charles Cros, sont considérés comme l'un des pères de la photographie en couleur.
La photographie des couleurs
Louis Arthur Ducos du Hauron fait partie des précurseurs qui se sont intéressés très tôt à la photographie en couleur et plus particulièrement aux interactions entre la lumière et la couleur. En 1859, alors âgé de seulement 22 ans, il imagine déjà un moyen pour reproduire des images en couleurs. S’en suivront de nombreuses découvertes et brevets d’invention déposés dans ce domaine. Ducos du Hauron, avec Charles Cros, est considéré comme le père de la photographie en couleur. Le brevet d'invention qu’il dépose en collaboration d’André Quinsac en 1883 contient un très bel échantillon de nature morte en couleur, obtenu par un procédé photochromatique.
HORS L'ATELIER
Au fil des inventions, les appareils se simplifient et l'utilisation du matériel est plus aisée. Les procédés s'affinent et se diffusent. Les divers produits nécessaires sont aussi plus accessibles. Ainsi, la photographie peut sortir de l’atelier. Les horizons de ceux qui la pratiquent s'élargissent.
Excursion photographique
Destiné aux voyages, l'euphographe est un dispositif qui sert à la fois de chambre noire, de pied et de tente pour les préparations photographiques. L’invention, déposée par le célèbre opticien Charles Louis Chevalier en 1854, facilite le transport de l'appareil même sur des terrains accidentés. A partir du milieu du 19e siècle, les appareils et les procédés photographiques évoluent rapidement, permettant la prise de clichés en extérieur.
Les amateurs plus ou moins éclairés se structurent autour d’associations, de sociétés ou de photo-clubs : c’est le temps des excursions, des voyages et la naissance du reportage.
Promenade photographique
Dans les premiers temps, la pratique de la photographie nécessite des connaissances techniques précises et élaborées. Les années 1880 marquent un tournant, d’abord avec les plaques de verre puis avec le film celluloïd commercialisé par George Eastman et Kodak qui promeuvent une facilité d'usage à destination du grand public. D'autre part, les amateurs éclairés vont également se retrouver dans des sociétés photographiques nombreuses à Paris comme en Province. Au sein de ces réunions d'enseignement ludique, se développent les excursions photographiques. Le brevet d'invention pris par Gaëtan Mattioli en 1891 en est un exemple : la chambre photographique et son pied sont destinés à s'installer sur un vélocipède de manière à pouvoir transporter le matériel mais également pratiquer rapidement la prise de vue durant le voyage.
Et puis George Eastman fonde Kodak en 1881. Il conçoit, industrialise et met entre les mains de tous le premier appareil photographique portable ; permettant instantanément et pour toujours, à chacun, d’aller capter le monde tel qu’il le voit.
You press the button, we do the rest !
George Eastman est le fondateur de la très célèbre société Kodak. Révolutionnant la pratique photographique, il imagine et fabrique le premier appareil photographique portable et accessible à tous dont le slogan commercial est "Vous appuyez sur le bouton, nous nous chargeons du reste". Fonctionnant avec une pellicule sensible, cet appareil, breveté en 1888, est une petite chambre noire photographique simple mais complète qui fait le succès de l’entreprise. L’invention, considérée comme celle de l’appareil photographique pour tous, permet à de nombreux amateurs de s’initier à la photographie. Une fois la pellicule utilisée, le développement a lieu chez Kodak, avant de récupérer l’appareil chargé d’un nouveau film et accompagné des clichés.
VERS L'IMAGE ANIMÉE
Bien avant l’invention de la photographie, sans doute depuis la caméra obscura, la recherche de solutions pour passer des images fixes à des images animées accapare les esprits savants. La mise au point des procédés et des appareils photographiques vont permettre de réaliser ces rêves. Et ce, pour des raisons très différentes. Intérêts scientifiques pour Demenÿ ou Marey qui étudient la locomotion des êtres vivants.
La chronophotographie
Au fur et à mesure que les procédés et les appareils photographiques se perfectionnent, l’intérêt pour la mise en mouvement des images augmente. Georges Demenÿ, préparateur physiologique au collège de France, est quant à lui intéressé par la gymnastique dans une approche scientifique et médicale. Pour ces recherches, il met au point une caméra chronophotographique produisant des images à intervalles réguliers qui, une fois animée, permettent de reconstituer le mouvement. Demenÿ est considéré comme l’un des pionniers du cinéma et comme l'inventeur du phonoscope et du chronophotographe pour l'observation scientifique.
Eadweard Muybridge, lui aussi, est un pionnier de ce que l'on appelle la chronophotographie et se sert de centaines de clichés pris quasiment simultanément pour étudier le mouvement, notamment celui des chevaux.
The horse in motion (Eadweard Muybridge) 1878 First Film Ever
https://www.youtube.com/watch?v=heRuLp7CyTM&t=10s
Photographier le mouvement
Le photographe anglais Edweard James Muybridge est considéré comme le père de la chronophotographie. Son brevet d'invention déposé en 1878 s'intéresse à la décomposition de la course d'un cheval au galop : les prises des vues photographiques se déclenchent sur le passage de l’animal dans des temps très rapprochés. La méthode d'analyse du mouvement, décomposé par la succession des clichés instantanés, a alors un impact retentissant. Cette avancée préfigure l’une des voies que prend la photographie à la fin du 19e siècle, à savoir l’image animée et le cinéma.
Quant aux frères Lumière, sont-ils guidés par autre chose que le plaisir et le besoin de connaitre ? Dans tous les cas, leur invention pose les fondations du cinéma et ouvre une autre voie à l'art des images.
1895 - L'arroseur Arrose'
https://www.youtube.com/watch?v=0E0IenGJ09o&t=1s
Vers l'image animée
On ne présente plus Auguste et Louis Lumière. Les deux frères aux multiples casquettes, à la fois photographes, chimistes, industriels et inventeurs, déposent de nombreux brevets d'invention dans le domaine de la photographie. Les plus connus sont probablement le cinématographe et le procédé de photographie des couleurs dit autochrome. Le cinématographe est le premier appareil qui réunit la prise de vues des images, le tirage de copies et la projection d'images. Il s’agit d’un appareil de vision des épreuves chronophotographiques, présentées successivement à intervalles réguliers provoquant ainsi l’illusion de l’animation des images. C'est la naissance du cinéma.