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TERRAINS D'INNOVATIONS

TERRAINS D'INNOVATIONS

Sport et brevets d’invention au 19ème siècle

Le sport, à travers ses démonstrations, compétitions et défis personnels, est un domaine où se conjuguent performance physique et psychique. Il ne se limite pas à une simple quête de résultats, il est aussi un terrain d'innovations technologiques, grâce aux efforts pour repousser les limites du corps et les barrières mentales. Au XIXe siècle, de nombreuses inventions sont brevetées pour améliorer les pratiques sportives émergentes et leurs équipements. Ces innovations visent non seulement à optimiser la performance des athlètes, mais aussi à promouvoir le sport auprès de ses divers publics. Visionnaires ou utopistes, les inventeurs de l'époque ont tous rivalisé d'ingéniosité pour faire avancer l’équipement du sportif et les pratiques des activités physiques. « Terrains d’innovations » se propose de mettre en avant quelques-unes de ces inventions et ainsi faire découvrir la richesse des archives de brevets sous cet angle nouveau.

LE CULTURISME

Brevet n°286514 déposé par Eugen SANDOW le 04.03.1899 pour des "haltères perfectionnées pour exercices athlétiques" (1BB286514, archives INPI).
Brevet n°286514 déposé par Eugen SANDOW le 04.03.1899 pour des "haltères perfectionnées pour exercices athlétiques" (1BB286514, archives INPI).

Eugen Sandow, athlète allemand considéré comme le père du culturisme. Cette discipline voit le jour à la fin du XIXe siècle, lorsque les spectacles de force étaient très courants et leurs vedettes très populaires. Sandow dépose plusieurs brevets pour améliorer les équipements de musculation. Parmi ses innovations, il invente, en 1899, des haltères perfectionnées pour exercices athlétiques et dont le principe repose sur un manche d'haltère « compressible et en même temps élastique, au moyen de ressorts, de façon que, quand on s’exerce, l’étreinte des mains comprime les ressorts et produit ainsi une tension et un jeu continuel des muscles des bras, des poignets et des mains, en permettant à la personne qui se sert de telles haltères de gagner de la force et de la santé plus efficacement et plus vite qu’avec les haltères ordinaires ».

L'AVIRON

L'aviron, ou canoë, connaît un véritable essor en France au XIXe siècle. La Société des Régates du Havre, fondée en 1838, organise la première régate officielle sur la Seine l’année suivante. Dans les années 1880, un architecte allemand, Wilhelm-Auguste Rettig, rameur à ses heures et l’un des fondateurs de la société d’aviron berlinoise, travaille à améliorer les bateaux de courses. Il dépose un brevet en 1882 pour des perfectionnements apportés dans les bateaux, canots et autres embarcations à rames, à l'usage du sport. Le principe de son invention repose sur un type de construction qui optimise l'espace pour les jambes des rameurs et recentre leur poids, ce qui permet de mieux équilibrer l'embarcation. Dans l’histoire de l’aviron, Rettig est aussi parfois présenté comme le développeur du siège roulant.

LA NATATION

En 1924, Johnny Weissmuller, connu également pour incarner le premier Tarzan à l’écran, entre dans l'histoire en nageant le 100 mètres en moins d'une minute. Au XIXe siècle, on cherche déjà quelques moyens pour augmenter la vitesse de nage. Ces systèmes sont conçus généralement comme des extensions du corps humain, tel le «vélonateur» proposé en 1886 par Francisque Gaillard et qui permet d’accroitre la force de propulsion du nageur. Ce dernier est équipé de palettes mobiles, attachées le long de sa jambe, censées se relever pendant qu’il exerce son effort en augmentant la surface de réaction de l’eau et se rabattre automatiquement aussitôt que l’effort cesse.

LE TIR A L'ARC

Brevet n°175151 déposé par PETZL & söhn et ZIVNY Arnold le 30.03.1886 pour un "arc pour le tir à flèche" (1BB175151, archives INPI).
Brevet n°175151 déposé par PETZL & söhn et ZIVNY Arnold le 30.03.1886 pour un "arc pour le tir à flèche" (1BB175151, archives INPI).

En 1844, a lieu la première grande compétition nationale de tir à l'arc qui marque un tournant pour cette discipline qui commence tout juste à se structurer. A partir de là, plusieurs innovations voient le jour. En 1886 la manufacture viennoise Joh. B. Petzl & Sohn, spécialisée dans la production de câbles métalliques, de ceintures, de hamacs et d'équipements de gymnastique, dépose le brevet d’un arc « pour le tir à flèche […] qui peut servir de jouet sportique (sic) ». Le principe de l’innovation repose principalement sur l’amélioration de la visée. Les inventeurs expliquent notamment que « la flèche est guidée dans une sorte de douille [et] une barrette […] porte une visière et un guidon, ce qui permet de viser exactement ».

LE GOLF

Brevet n°252778 déposé par MILLS le 27.12.1895 pour des "perfectionnements dans la construction des instruments ou cannes employés dans le jeu de golf" (1BB252778, archives INPI).
Brevet n°252778 déposé par MILLS le 27.12.1895 pour des "perfectionnements dans la construction des instruments ou cannes employés dans le jeu de golf" (1BB252778, archives INPI).

Fondé en 1856 par des expatriés britanniques, le Pau Golf Club est le premier club de golf qui voit le jour en France. A cette époque, les premières cannes de golf sont fabriquées artisanalement, en bois : les têtes en hêtre, noisetier ou orme et les manches en frêne ou hickory. Tom Morris, une figure emblématique du golf, connu sous le nom de Old Tom Morris, fabrique lui-même ses clubs en sélectionnant les bois pour les adapter aux conditions des parcours. Mais ces modèles montrent rapidement leurs limites. En 1896, William Mills dépose un brevet pour la construction des instruments ou cannes employés dans le jeu de golf. Mills explique que « l’instrument est hors d’usage à cause de l’ébranlement produit lorsqu’on frappe une boule, du gonflement du bois par l’humidité et pour d’autres causes. Mon invention supprime totalement cet inconvénient. ». Mills crée alors des compartiments et des nervures métalliques sur la tête de la canne qu’il propose de combler de divers matériaux tels que du métal pour renforcer la structure et éliminer l’usure des cannes de golf.

L’ESCRIME

Brevet n°317290 déposé par Henri-Désiré HISSARD le 26.12.1901 pour un "fleuret ou épée d'escrime à enregistreur et avertisseur de touches" (1BB317290, archives INPI).
Brevet n°317290 déposé par Henri-Désiré HISSARD le 26.12.1901 pour un "fleuret ou épée d'escrime à enregistreur et avertisseur de touches" (1BB317290, archives INPI).

Au XIXe siècle, la détection des touches d’escrime est loin d’être précise et le comptage des points entraîne souvent des contestations. Pour pallier ce problème, en 1901, Henri-Désiré Hissard propose un dispositif qui détecte les touches de manière fiable. Expliquant que « c’est un sujet de difficultés continuelles [...] que de savoir si oui ou non un coup compte. Le fleuret qui fait l'objet de la présente demande de brevet évite toute possibilité de contestation et il est, de plus, d'une construction facile. Le système est des plus simples : un avertisseur fonctionne à chaque coup porté et en même temps, un enregistreur inscrit ce coup et en indique la force ». Le système entièrement mécanique fonctionne grâce au mouvement de la poignée du fleuret. Lorsqu'un coup est porté, la main continue de déplacer la poignée, compressant un ressort. Ce ressort déclenche un marteau qui frappe un timbre pour signaler le toucher de l'adversaire. Pour mesurer l'intensité du coup, l'inventeur a prévu trois prismes numérotés 0, 1 et 2. En fonction de la force du coup, un ressort intérieur à la poignée déplace ces prismes pour indiquer si le coup était faible, moyen ou fort.

LE SKATEBOARD

Brevet n°113369 déposé par Henri-Charles BERTHIER le 17.06.1876 pour un "genre de patins à roulettes, dits patins magiques" (1BB113369, archives INPI).
Brevet n°113369 déposé par Henri-Charles BERTHIER le 17.06.1876 pour un "genre de patins à roulettes, dits patins magiques" (1BB113369, archives INPI).

Le skateboard apparaît à la fin des années 1950 aux États-Unis. Au fil des différentes évolutions techniques, il devient un véritable sport. Après avoir fait ses débuts aux Jeux olympiques de la Jeunesse de Nanjing en 2014, le skateboard fait son entrée en tant que nouvelle discipline aux Jeux olympiques de Tokyo en 2021. Mais l’idée de placer des roues sous ses pieds n’est pas nouvelle. En 1876 déjà, Charles-Henri Berthier dépose un brevet pour un genre de patins à roulettes, dits patins magiques. Il y introduit l’idée d’un frein qui les empêche de rouler en arrière, « en caoutchouc, en bois, en cuir, en métal, etc. ». Ce système anticipe les développements actuels dans le design des planches à roulettes modernes.

LE FOOTBALL

Brevet n°176628 déposé par Samuel-Edmond STATHAM le 08.06.1886 pour un "ballon à double enveloppe en caoutchouc pour balles de salon, foot-balles, etc." (1BB176628, archives INPI).
Brevet n°176628 déposé par Samuel-Edmond STATHAM le 08.06.1886 pour un "ballon à double enveloppe en caoutchouc pour balles de salon, foot-balles, etc." (1BB176628, archives INPI).

Le 30 novembre 1872, a lieu un évènement qui marque l’histoire du football, le sport le plus joué au monde : l'Écosse et l'Angleterre disputent le premier match international. A l’époque, les premières règles ne font aucune allusion au ballon. Ses caractéristiques ne sont définies qu’en 1889 : sa circonférence peut varier de 68 à 71 cm et son poids de 340 à 425 grammes. Au-delà de ces proportions règlementaires, dès 1886, Samuel-Edmond Statham, sujet britannique, dépose un brevet pour un ballon innovant, soulignant un aspect pratique au centre de son innovation : « il se gonfle et se dégonfle rapidement et sa réduction en un petit volume facilite son transport au point de pouvoir entrer dans la poche d’un habit, chose recherchée pour les foot-balles ».

L’ENTRAINEMENT SPORTIF

Au XIXe siècle, le développement des compétitions sportives et la professionnalisation des athlètes voient le besoin pour ces derniers d’améliorer leurs performances. Divers dispositifs d’entraînement voient alors le jour. Par exemple, en 1900, Hamilton Miles dépose un brevet pour des perfectionnements dans les appareils pour s'exercer au foot-ball, au tennis, au cricket et à d'autres jeux analogues : « le but de mon invention est de fournir un dispositif à l'aide duquel une personne peut pratiquer les différents coups avec le corps, la main, le pied tels qu'ils se donnent dans le véritable jeu et des exercices physiques pour lancer le ballon avec la pointe du pied, le ramasser et l'arrêter avec la tête dans un mouvement de façon qu'il rebondisse dans la direction voulue, comme cela se fait au football. [...] On emploie avec mon appareil la balle ou le ballon véritable, et, quand le jeu l'exige, le battoire, la raquette ou tout autre instrument ».

LE SPORT ET LE CONFORT FEMININ

Brevet n°266929 déposé par Frédérique ELLIOTT veuve, née EKEUSTEN le 14.05.1897 pour un "système de ceinture sportive pour dames" (1BB266929, archives INPI).
Brevet n°266929 déposé par Frédérique ELLIOTT veuve, née EKEUSTEN le 14.05.1897 pour un "système de ceinture sportive pour dames" (1BB266929, archives INPI).

Au XIXe siècle, les femmes commencent progressivement à intégrer les sphères sportives. Un exemple de cette intégration est celui de Lottie Dod, une Britannique qui remporte son premier tournoi de tennis à Wimbledon en 1887 à l'âge de 15 ans. Néanmoins, les femmes font face à des restrictions vestimentaires particulières, notamment les corsets, qui restreignent les mouvements. Cette gêne vestimentaire est ce que veut supprimer Frédérique Elliott dans le brevet qu’elle dépose en 1890 un système de ceinture sportive pour dames : « on sait que l'usage du corset pour les personnes se livrant à des exercices de sport est souvent une gêne pour les mouvements du corps et des bras qui n'ont pas toute leur liberté. Pour remédier à ces inconvénients, j'ai imaginé un système de ceinture sportive formant en quelque sorte corsage, serrant convenablement la taille et soutenant la poitrine. Mon système de ceinture permet de se livrer à tous les exercices de sport sans être gêné en quoi que ce soit dans les mouvements ».

LES CHAUSSURES DE SPORT

Brevet n°222427 déposé par MALGOIRE le 18.06.1892 pour un "système de chaussure pour marche ou sports dénommée le Champion" (1BB222427, archives INPI).
Brevet n°222427 déposé par MALGOIRE le 18.06.1892 pour un "système de chaussure pour marche ou sports dénommée le Champion" (1BB222427, archives INPI).

A chaque sport, sa chaussure ! Les chaussures sont indispensables à la tenue du sportif et c’est sans doute l’élément le plus distinctif du sport pratiqué. En 1892, Edouard-Achille Malgoire, fabricant de chaussures, brevète un système de chaussure pour marche ou sports dénommée le Champion qu’il présente en ces termes : « nouveau système de chaussure très légère, très souple et très résistante ne fatiguant pas le pied du vélocipédiste ou du marcheur qui en fait un usage prolongé, tout en possédant une solidité et une indestructibilité suffisantes pour résister aux frottements ou frictionnements des éléments de la chaussure contre les rugosités du sol de la route ou contre celles des organes du vélocipède ».

QUAND LE JEU DEVIENT SPORT

Brevet n°292713 déposé par Jean-Anatole JOST le 21.09.1899 pour un "nouveau jeu de salons ou de sport, appelé Sisky" (1BB292713, archives INPI).
Brevet n°292713 déposé par Jean-Anatole JOST le 21.09.1899 pour un "nouveau jeu de salons ou de sport, appelé Sisky" (1BB292713, archives INPI).

L’origine du mot sport, qui signifie « amusement » ou « divertissement », laisse penser que les limites entre le jeu et le sport sont ténues. D’ailleurs, les membres d’une équipe sportive ne sont-ils pas appelés « joueurs » ? Quelques brevets présentent des activités aux frontières des deux et devancent de loin certaines activités contemporaines qui s’en rapprochent. Ainsi, le nouveau jeu de salons ou de sport, appelé Sisky inventé par Jean-Anatole Jost demande adresse, réflexe et endurance ! Le but étant de frapper, à l’aide du pied, de la main ou à l’aide de « palettes », des ballons suspendus au bout d’un mat tournoyant tout en essayer d’éviter les ballons frappés par les autres joueurs. On imagine ce que cela peut rapidement donner au milieu d’un salon … C’est pour cette raison que « le jeu peut être placé dans un jardin sur le sol même. Il devient alors un sport … ».