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LES FOUS DU VOLANT

LES FOUS DU VOLANT

Les brevets des véhicules improbables du XIXe siècle

L’histoire des transports se souvient de l’invention de la roue en Mésopotamie, des drakkars vikings, du mythe d’Icare rédigé par Ovide, de l’invention du vélo, du train, de l’automobile ou de l’avion. Mais quelle est la pensée créative d’un inventeur qui cherche de nouveaux moyens de transports ou le perfectionnement de véhicules déjà connus ? Quels sont les essais ratés ? Quelles sont ces machines méconnues ? Entre la roue, les drakkars, Icare, la voiture, le TGV et les Airbus, il y a des tests, d’autres tentatives dont les brevets sont les témoins.

Le sujet du transport nous touche tous, il est devenu si présent dans notre quotidien et si commun qu’il est difficile d’imaginer autre chose pour se déplacer aujourd’hui qu’un simple vélo, un bus, un train, un bateau ou un avion… Et pourtant, de 1791 à 1901, il existe des brevets de voiture pliante, d’un bateau mis en mouvement par la force des vagues ou encore des machines pour transformer l’homme en créature ailée.
Terrestres, aquatiques, aériens : les transports du XIXe siècle se réinventent dans tous les éléments.


VÉHICULES TERRESTRES

LE DANDY À CHEVAL MECANIQUE

Brevet 1BA386 déposé par Jean Combe le 17.05.1822 pour un "cheval mécanique propre à transporter une personne d'un lieu dans un autre" (1BA386, archives INPI).
Brevet 1BA386 déposé par Jean Combe le 17.05.1822 pour un "cheval mécanique propre à transporter une personne d'un lieu dans un autre" (1BA386, archives INPI).
Comment concevoir aujourd’hui la surprise de l’apparition d’une machine à transporter ? Ce qui étonne, c’est qu’on puisse se mouvoir sur terre sans l’énergie depuis toujours indispensable, le cheval.

Studeny C., L’invention de la vitesse, France, XVIIIe-XXe siècle, Paris, Gallimard, 1995, p. 221.

Entre les inventions bien connues du vélocipède et celle de l’automobile, d’autres expérimentations visent à remplacer les chevaux comme moyen de transport. Parmi elles, les « chevaux mécaniques », des machines du XIXe siècle, incarnent à la fois la volonté de reproduire la nature et celle de réinventer le mouvement.

Jean Combe, mécanicien et propriétaire de chevaux mécaniques, dépose un brevet pour une machine qui marie habilement fonctionnalité mécanique et esthétisme équestre, qui offre un moyen de locomotion alliant tradition et innovation.

Et si un cheval mécanique devenait la nouvelle manière de se déplacer avec élégance ?

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Le choix de l’apparence d’un cheval, conjugué à l’élégance d’une posture presque théâtrale, invite à voir cette invention comme une véritable déclaration de style, en phase avec la figure du dandy. À cette époque, l’usage du vélocipède ou d’autres engins mécaniques est souvent associé à une certaine quête d’élégance et de distinction sociale, caractéristiques du dandysme. Le cavalier ici représenté dans le dossier du brevet, haut-de-forme vissé sur la tête et posture droite, évoque la mode du flâneur citadin qui se déplace non par nécessité, mais par plaisir et par démonstration de raffinement.

Un cheval mécanique comme celui de Combe n’est pas seulement une alternative économique aux chevaux vivants, coûteux à entretenir, mais également un objet fascinant pour une époque avide de curiosités. Cependant, la complexité technique et le manque de praticité limitent son adoption au-delà des cercles privilégiés ou des expositions publiques.

Les chevaux mécaniques incarnent une transition où le progrès technologique se mêle à des aspirations esthétiques et sociales, marquant une période où le transport est également une forme d’expression personnelle.

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LA VOITURE DE POCHE

À la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe, l'expansion des villes et l'intensification des circulations rendent les rues des centres urbains saturées. Ces espaces deviennent le théâtre d’interactions complexes entre piétons, véhicules et activités de rue. En réponse à ces enjeux, de nouvelles solutions émergent pour repenser les modes de transport.

C’est dans ce contexte qu’en 1889, Jules Hébert dépose un brevet innovant pour un phaéton pliant, une voiture rapide, légère et…transportable à la main !

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Le terme phaéton renvoie à une voiture légère et ouverte, tirée par des chevaux, conçue pour des déplacements rapides. Hébert, inspiré par ce type de voiture, propose un modèle révolutionnaire « d’un poids très restreint, se repliant sous un très faible volume et, par conséquent, susceptible d’être transporté à la main, aussi bien pour se loger dans un appartement que pour prendre place dans un véhicule quelconque » comme il l’est décrit dans le mémoire descriptif du brevet. En d’autres termes, Hébert propose de rendre le transport transportable, probablement en écho aux contraintes des villes surchargées du XIXe siècle.

Le brevet d’Hébert s’inscrit dans une période de transition technologique. Tandis que certains inventeurs, à l’image de Léon Serpollet en 1886, explorent les premières automobiles à vapeur pour s’affranchir de la traction animale, Hébert, lui, conserve l’utilisation du cheval tout en se concentrant sur un autre défi : l’encombrement. Le phaéton pliant illustre qu’avant l’essor de l’automobile telle qu’elle est retenue par l’Histoire, diverses innovations coexistent. L’abandon de la traction animale n’est pas immédiat, et plusieurs solutions sont explorées simultanément.

Cette approche, orientée vers la flexibilité et non la vitesse ou l’autonomie de la voiture, reflète l’effervescence d’une époque où les innovations rivalisent d’inventivité pour répondre aux besoins croissants de mobilité.

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Brevet n°199826 déposé par Jules Hébert le 26.07.1889 pour un "système de voitures pliantes, transportables, dites phaétons" (1BB199826, archives INPI).


DES VÉLOS ANTI-CHIENS ?

Au XIXe siècle, le vélocipède envahit les rues, mais une rivalité inattendue surgit : les chiens s'avèrent être les pires ennemis des vélocipédistes !

Découvrez comment des inventeurs, à travers des solutions aussi surprenantes qu’ingénieuses, tentent de repousser ces attaques canines.

Brevet n°222093 déposé par Des Chesnais le 08.06.1892 pour un "appareil dit canifuge pyrique empêchant les chiens de mordre les vélocipédistes" (1BB222093, archives INPI).
Brevet n°222093 déposé par Des Chesnais le 08.06.1892 pour un "appareil dit canifuge pyrique empêchant les chiens de mordre les vélocipédistes" (1BB222093, archives INPI).

En 1892, Des Chesnais dépose un brevet pour un dispositif improbable : un mécanisme, digne d’un spectacle de foire, qui consiste en une petite fusée pyrotechnique montée sur le vélo.

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Des Chesnais explique dans son brevet que : 

« Tous les vélocipédistes se plaignent d’un obstacle à la circulation qui constitue pour eux un grave danger : c’est la rencontre des chiens qui suivent la machine et cherchent à mordre », détaillant les stratégies d’attaque de ces derniers, qui mordent les mollets ou déséquilibre le vélo.

Le déposant propose alors d’utiliser le feu pour effrayer les chiens : « la vue produit le même effroi chez tous les animaux ».
L’idée d’armer les cyclistes avec des mini-feux d’artifice s’avère être un moyen spectaculaire de pallier ce problème.

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Brevet n°236288 déposé par Joseph Flon fils le 14.02.1894 pour un "appareil pour préserver des morsures des chiens les jambes des vélocipédistes, dit preserve dog Flon" (1BB236288, archives INPI).
Brevet n°236288 déposé par Joseph Flon fils le 14.02.1894 pour un "appareil pour préserver des morsures des chiens les jambes des vélocipédistes, dit preserve dog Flon" (1BB236288, archives INPI).

Deux ans plus tard, en 1894, Joseph Flon fils dépose le brevet pour un dispositif tout aussi ingénieux mais moins flamboyant : un système qui prévoit de déployer des écrans protecteurs autour des jambes des cyclistes en cas d’attaque canine. 

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Conçu pour être activé rapidement grâce à un levier, ce mécanisme peux s’ajouter sur n’importe quel vélo ! Tout comme Des Chesnais, Flon souligne que : « Ces accidents sont, comme on le sait, très fréquents, et bien des personnes hésitent à se mettre en route en bicyclette par crainte des morsures des chiens que l’on rencontre généralement sur les voies publiques »

Son invention vise à apaiser ces inquiétudes. Avec son design complexe et ses écrans articulés, ce brevet ajoute une touche d’étrangeté au vélo.

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Ces inventions extravagantes traduisent la tension entre l’innovation technologique et les réalités du quotidien au XIXe siècle. À une époque marquée par de profondes mutations dans les modes de transport, les solutions imaginées pour résoudre des problèmes aussi inattendus que les attaques de chiens illustrent à quel point les innovations liées à la mobilité deviennent des laboratoires d’expérimentations foisonnantes : les obstacles les plus triviaux se transforment en source d’ingéniosité spectaculaire. 


LA FOLIE SUR ROUES

On sait que le patin à roulettes voit le jour avant le XIXe siècle, mais c’est véritablement à cette période qu’il atteint son apogée. L’effervescence des patins à roulettes est telle qu’en 1876, Le Monde Illustré évoque une « folie sur roues » qui se répand à Paris. Les patins à roulettes déclenchent la construction de patinoires et d'espaces dédiés à l’exercice de ce loisir appelé « skatings », devenant des lieux de sociabilités prisé par le public urbain du XIXe.

Difficile alors de penser que cette pratique se limite aux « skatings » … Cette « folie sur roues » se concrétise-t-elle dans les rues ?

Découvrez ici deux initiatives qui traduisent une ambition commune : dépasser l’usage ludique du patin à roulettes pour en faire un mode de transport. Etienne Lucien Lucas et Nicolas Bresson conçoivent des dispositifs pensés pour les réalités des routes du XIXe siècle. Ils rêvent d’une époque où, grâce à ces innovations, l’homme pourrait littéralement s’armer de roues pour étendre ses possibilités de déplacement au quotidien.

Brevet n°140387 déposé par Etienne Lucien Lucas le 28.12.1880 pour un "patin-routier" (1BB140387, archives INPI).
Brevet n°140387 déposé par Etienne Lucien Lucas le 28.12.1880 pour un "patin-routier" (1BB140387, archives INPI).
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En 1880, Etienne Lucien Lucas dépose un brevet pour un patin-routier conçu pour s’affranchir de la pratique du patin à roulettes en intérieur. Il décrit son invention comme permettant de « rouler sur les routes ordinaires, c’est-à-dire sans exiger une surface plane et polie comme la glace ou le sol des skatings. »

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Brevet n°217575 déposé par Nicolas Bresson le 25.11.1891 pour un "patin-bicycle à deux roues et patin-cycle à une seule roue" (1BB217575, archives INPI).
Brevet n°217575 déposé par Nicolas Bresson le 25.11.1891 pour un "patin-bicycle à deux roues et patin-cycle à une seule roue" (1BB217575, archives INPI).
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En 1891, Nicolas Bresson, imagine un autre usage pour le patin à roulettes. Son brevet combine une roue ou deux avec une jambière et vise à faire des patins un véritable moyen de locomotion individuel. Il précise : « Pour un moyen de locomotion mon principe repose sur l’application d’une jambière pour tout espèces de patins, son emploie permet de se servir de roues de tout diamètres qu’importe leur composition. »

Cette flexibilité permettrait une adaptation aux terrains variés, en transformant l’expérience du patinage de loisir en patinage comme moyen de locomotion.

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Ces exemples de patins à roulettes illustrent la volonté, au XIXe siècle, de diversifier les modes de transport en alliant praticité et plaisir. Cependant, malgré ces ambitions, le patin ne deviendra un véritable moyen de locomotion que 20 à 30 ans plus tard.


L’AUTOMATE-PHÉNOMÈNE

Brevet n°251780 déposé par Prosper Balthazar Leroy le 18.11.1895 pour une "imitation des mouvements des animaux quadrupèdes, [...] dénommé L'Automate-Phénomène" (1BB251780, archives INPI).
Brevet n°251780 déposé par Prosper Balthazar Leroy le 18.11.1895 pour une "imitation des mouvements des animaux quadrupèdes, [...] dénommé L'Automate-Phénomène" (1BB251780, archives INPI).

Après avoir essayé de se débarrasser des chevaux avec le cheval mécanique, d’avoir tenté une voiture pliable, après s’être ingénié à convertir les vélos en transports anti chiens ou encore de se déplacer en patins à roulettes, une nouvelle idée émerge à la fin du XIXe : l’automate en forme d’animal comme moyen de transport.

Prosper Balthazar Leroy, un ingénieur civil, dépose donc le brevet pour cet automate qui peux prendre la forme de n’importe quel animal. Il prend ici l’exemple du cheval…découvrez le fonctionnement de l'Automate-Phénomène !

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Ce dispositif repose sur l’actionnement d’un moteur électrique, des ressorts ou la force humaine. Le moteur, explique-t-il, peut être logé dans le corps de l’automate ou placé en extérieur. Leroy envisage des usages variés, combinant le transport utilitaire et l’exploration technologique : « Le cheval peut être attelé à une voiture (…) Le cheval peut aussi être monté par un cavalier avec ses pieds imprimer la force motrice sur des manivelles donnant le mouvement à l’arbre moteur de l’engrenage principal comme à un vélocipède », précise-t-il.

Plus audacieux encore, il applique le même principe à d’autres animaux telles qu’il en fait mention pour l’autruche : « Le mouvement mécanique automatique de la marche du cheval, ou de tous autres quadrupèdes pourvus de poils, laine, plumes et ailes, tel que l’autruche peuvent recevoir les mêmes applications que pour le cheval », ouvrant la voie à une diversité d’adaptations.

Cette innovation reste au stade théorique et témoigne de l’effervescence d’une époque où les déposants de brevet n’ont de cesse de ré-imaginer les possibilités offertes par la mécanique pour révolutionner le transport.

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LE CHAR-VOLANT

Lorsqu’en 1826, George Pocock dépose son brevet, il propose une nouvelle manière de se déplacer sur terre en s'appuyant sur la force du vent. L'idée est d’utiliser le vent comme force motrice grâce à un système de cerf-volant de sa conception. Pocock se concentre surtout sur un char-volant dans son brevet, qui consiste à utiliser son cerf-volant pour tirer des diligences sans avoir recours à des chevaux.

Découvrez le char-volant de Pocok !

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Pocock conçoit ce système afin de gagner en vitesse et en confort sur des routes difficiles.

Il éprouve son système et consigne ses observations dans un ouvrage qu’il publie en 1827, soit un an après le dépôt de son brevet en France. Ainsi, dans son The Aeropleustic Art Or Navigation in the Air, by the Use of Kites Or Buoyant Sails Pocock évoque les tests qu’il a fait subir à son invention :

 « (…) comme il a été établi que l'on pouvait voyager par ce moyen, et à une vitesse de 20 miles à l'heure [32km/h], il n'était pas question de renoncer tranquillement à ces avantages. (…) Les cerfs-volants pouvaient maintenant être transportés dans la voiture avec peu ou pas d'inconvénients, et cette circonstance suggérait de nombreuses améliorations dans la voiture elle-même.»

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Si la vitesse, l’aspect financier, le confort, le gain de place dominent les préoccupations terrestres, l’eau impose des défis liés à sa maîtrise. Les idées circulent entre ces deux mondes, les avancées techniques sur la route inspirent de nouvelles approches pour dominer les flots.

VÉHICULES AQUATIQUES

LE VAISSEAU AÉROFLOTTANT

À l’instar de George Pocock, qui imagine l’utilisation des cerfs-volants pour faciliter les déplacements terrestres, le médecin américain David Thayer propose en 1889 une innovation similaire dans le domaine de l’aérotransport. Son brevet décrit un système de cerfs-volants et de ballons capable de soulever et déplacer des véhicules ou des navires au-dessus de la terre, de la mer et de la glace. S’inspirant de ses dissections d’oiseaux, Thayer explore une approche aérienne inspirée par la nature.

Thayer combine plusieurs cerfs-volants et ballons pour déplacer des navires, mais pourquoi proposer le brevet d'un système aéroflottant ?

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Le brevet de Thayer est déposé dans un contexte marqué par la fascination pour l'Arctique, après la disparition de John Franklin en 1845, lors de la recherche du passage du Nord-Ouest. Malgré les expéditions scientifiques, les vastes étendues glacées rendent l'exploration difficile. Thayer imagine son appareil comme un moyen de traverser ces régions inaccessibles, comme il le précise dans son brevet : « Cet appareil étant construit sur des principes scientifiques, peut transporter des personnes au-dessus de l’eau, du sol et de la glace et être de grande utilité dans les explorations scientifiques comme dans les régions arctiques, par exemple, où l’on doit traverser de grandes étendues de glace, dans les tentatives que l’on peut faire pour découvrir les localités qui, autrement, sont inaccessibles. »

Bien qu'il ne soit pas certain que cette invention ait été testée, elle reste une tentative audacieuse de relier terre, mer et air pour résoudre les défis de l'exploration scientifique. Thayer, à travers son brevet, propose une vision innovante de la mobilité en terrain difficile, reliant des éléments naturels (vent, glace, air) pour surmonter les obstacles physiques de son époque.

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Brevet n°200147 déposé par David Thayer le 12.08.1889 pour des "perfectionnements dans les appareils de navigation aérienne, également applicables aux véhicules et navires" (1BB200147, archives INPI).
Brevet n°200147 déposé par David Thayer le 12.08.1889 pour des "perfectionnements dans les appareils de navigation aérienne, également applicables aux véhicules et navires" (1BB200147, archives INPI).
Brevet n°200147 déposé par David Thayer le 12.08.1889 pour des "perfectionnements dans les appareils de navigation aérienne, également applicables aux véhicules et navires" (1BB200147, archives INPI).
Brevet n°200147 déposé par David Thayer le 12.08.1889 pour des "perfectionnements dans les appareils de navigation aérienne, également applicables aux véhicules et navires" (1BB200147, archives INPI).
Brevet n°200147 déposé par David Thayer le 12.08.1889 pour des "perfectionnements dans les appareils de navigation aérienne, également applicables aux véhicules et navires" (1BB200147, archives INPI).
Brevet n°200147 déposé par David Thayer le 12.08.1889 pour des "perfectionnements dans les appareils de navigation aérienne, également applicables aux véhicules et navires" (1BB200147, archives INPI).

LE BATEAU-VOITURE MERVEILLEUX DE NIOGRET

En 1827, Guillaume Niogret, un constructeur de pont lyonnais, promet de révolutionner le transport avec un brevet qu’il dépose pour plusieurs véhicules capables de se mouvoir sur terre, sur l’eau et dans les airs, sans recours à la vapeur ni aux chevaux. Parmi les propositions du brevet, un véhicule se distingue : le « Bateau-Voiture Merveilleux », présenté comme un véhicule amphibie ayant l’aspect d’un palais.

Le mémoire descriptif, bien que foisonnant d’idées et de promesses, laisse entrevoir une invention aux contours flous. En effet, le « Bateau-Voiture Merveilleux » repose sur « trois cercles à rayons et ailes circulaires », lui permettant de se déplacer rapidement sur des terrains variés. 

Le « Bateau-Voiture Meveilleux » est-il le projet d'une voiture amphibie en 1827 ?

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Niogret affirme d’ailleurs que : « Par eau, il ne saurait être submergé ni arrêté, que les eaux soient hautes ou basses ; triomphant, dans l’un et l’autre cas, des obstacles insurmontables pour les autres bateaux. Par terre, il ne saurait être versé, […] : de manière que l’on peut dire, le Bateau Merveilleux, aérien, aquatique, terrestre, insubmersible et inversable. »

Le « Bateau-Voiture Merveilleux » reflète une ambition de polyvalence et d’autonomie qui annonce les innovations modernes. Le brevet de Niogret s’inscrit dans une tendance de l’époque à explorer les véhicules amphibies. En 1804, l’Orukter Amphibolos, conçu par l’américain Oliver Evans, devient le premier véhicule amphibie propulsé par un moteur à vapeur à traverser une rivière. Contrairement à cet engin, le « Bateau-Voiture Merveilleux » de Niogret ne sera jamais construit. Cependant, sa vision se distingue par son audace : il propose une alternative autonome et polyvalente, indépendante des sources d’énergie dominantes de son époque, comme la vapeur.

Pour consulter le brevet original, cliquez ici

Brevet 1BA2655 déposé par Guillaume Niogret le 30.11.1827 pour une "machine appelée bateau-voiture aérien, aquatique, terrestre, mis en mouvement à bras d'hommes, etc." (1BA2655, archives INPI).


LE VÉLO AQUATIQUE

Le brevet par la Société Rossbach et Ronig, décrit une draisienne aquatique en forme de poisson, propulsée par la force musculaire de l’utilisateur.

Comment fonctionne ce vélo aquatique ?

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Le pédalier actionne un mécanisme interne qui anime une queue articulée, imitant le mouvement de nage. Ce véhicule s'inscrit dans l’élan de l’époque, où les inventions liées à la mobilité et inspirées de la nature connaissent un essor.

Ce brevet rappelle la draisienne terrestre de Karl Drais, inventée en 1817, dont le brevet est déposé en France par Louis Joseph Dineur en 1818 et qui a marqué un tournant dans la mobilité humaine. Tout comme la draisienne terrestre, la draisienne aquatique reflète une quête d'autonomie et de nouvelles formes de déplacement, mais sur l'eau. Les deux inventions partagent un même principe : utiliser la force humaine pour propulser un véhicule innovant.
Si la draisienne de Drais a jeté les bases de la mobilité individuelle sur terre, la draisienne aquatique de Rossbach et Ronig tente d’adapter ce concept à un nouvel environnement, l’eau, en s’inspirant directement de la nature pour le design et le fonctionnement.

Cette draisienne aquatique semble s’appuyer sur le bio mimétisme, non pas pour viser une efficacité hydrodynamique optimale, mais pour exploiter la forme et la dynamique naturelle du poisson comme solution technique et esthétique. À travers ce design, elle reflète l’imaginaire du XIXe siècle, où la nature inspire des mécanismes originaux pour répondre aux défis de mobilité. Dans un monde où vélos, pédalos et autres inventions émergent, cet engin s’inscrit dans une quête d’innovation accessible, mariant ingéniosité mécanique et observation de la nature.

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Brevet n°284899 déposé par la Société Rossbach et Ronig le 05.01.1899 pour une "draisienne aquatique" (1BB284899, archives INPI).
Brevet n°284899 déposé par la Société Rossbach et Ronig le 05.01.1899 pour une "draisienne aquatique" (1BB284899, archives INPI).

UN BATEAU PROPULSÉ PAR LES VAGUES EN 1821 !

Brevet 1BA1547 déposé par Thomas Stanhope Hollond et John Byrne Madden le 27.06.1821 pour un "mécanisme qui rend les navires propres à naviguer par le moyen des vagues [...]" (1BA1547, archives INPI).
Brevet 1BA1547 déposé par Thomas Stanhope Hollond et John Byrne Madden le 27.06.1821 pour un "mécanisme qui rend les navires propres à naviguer par le moyen des vagues [...]" (1BA1547, archives INPI).

En 1821, Thomas Stanhope Hollond et John Byrne Madden déposent un brevet pour un bateau propulsé par les vagues. Ce système remet en question la dépendance de la navigation maritime à la propulsion par vent ou vapeur, qui dominent le XIXe siècle. Le brevet présente une vision avant-gardiste : un navire qui pourrait utiliser les vagues comme force motrice, sans avoir à compter sur le vent ni sur des combustibles coûteux, anticipant ainsi une nouvelle ère de transport maritime.

Découvrez le contexte de création et le fonctionnement du bateau propulsé par les vagues !

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Deux ans avant le dépôt de ce brevet, en 1819, le Savannah est le premier navire à traverser l’Atlantique en utilisant une navigation hybride, alternant entre voiles et moteur à vapeur. Cependant, son autonomie reste limitée. Le navire doit emporter 73 tonnes de charbon et 90 stères de bois qui représente une contrainte majeure, particulièrement pour les longues traversées. Dans ce contexte, le brevet de Stanhope-Hollond et Madden de 1821 se distingue par sa vision d’un navire totalement autonome, n’ayant besoin d’aucune source d’énergie externe, à l’exception de l’énergie inépuisable des vagues.

L'objectif du brevet semble aller au-delà d’un simple remplacement des voiles ou des moteurs à vapeur. Il propose une véritable révolution dans la navigation, permettant aux navires de voguer à contre-courant ou dans des conditions météorologiques défavorables, comme le précise le texte du brevet : « Tout le monde connaît l’agitation de la mer, et sa force prodigieuse. L’objet (…) est d’établir un nouveau système de navigation maritime, par lequel un vaisseau des plus grandes ou plus petites dimensions peut naviguer uniquement au moyen des vagues de la mer sans le secours du vent (…). Par ce système, on se propose (…) de voguer directement contre vent et marée. »

Ce brevet de 1821 n’a peut-être pas révolutionné la navigation à son époque, mais il porte une idée visionnaire : utiliser la force des vagues comme moteur. Une intuition confirmée bien plus tard, en 2008, lorsque le Suntory Mermaid II établit le record de la plus longue traversée en bateau propulsé uniquement par l’énergie des vagues, reliant Hawaii au Japon.

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À CHEVAL SUR MON POISSON

Brevet n°86114 déposé par François Luneau le 17.06.1869 pour une "application de la force des poissons de mer et d'eau douce et de tous les autres animaux aquatiques, comme force motrice ou locomotion [...]" (1BB86114, archives INPI).
Brevet n°86114 déposé par François Luneau le 17.06.1869 pour une "application de la force des poissons de mer et d'eau douce et de tous les autres animaux aquatiques, comme force motrice ou locomotion [...]" (1BB86114, archives INPI).
-Eh bien, ami Conseil, dit le harponneur, se penchant sur la vitre du panneau, voici des variétés qui passent !
-Oui ! des poissons, s’écria Conseil. On se croirait devant un aquarium !
-Non, répondis-je, car l’aquarium n’est qu’une cage, et ces poissons-là sont libres comme l’oiseau dans l’air.

Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers, Hetzel, Paris, 1896, p.118

Le brevet de François Luneau traduit une époque où les frontières entre science et imagination sont poreuses, où l’ingéniosité rivalise avec l’excentricité. Dans Vingt Mille Lieues sous les mers, les personnages observent la liberté des créatures marines, déclarant : « Ces poissons-là sont libres comme l’oiseau dans l’air. » Ce brevet propose de briser cette liberté pour transformer les poissons en machines vivantes.

Chevaucher un poisson comme un cheval ou l’utiliser pour tracter un batelet peut sembler absurde et pourtant….

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….cette idée s’inscrit dans une tradition d’expérimentations audacieuses et d’imaginaires débridés. Le brevet en question repose sur plusieurs concepts : dompter un poisson comme destrier aquatique, faire du poisson une force motrice pour tracter un batelet, surmonter les poissons dans les aquariums de figurines en gutta-percha humanoïdes pour jouer avec. Cet exemple de domination de la nature, même dans ses formes les plus insaisissables, est symbole de progrès.

En effet, au XIXᵉ siècle, le dressage d’animaux connaît un essor spectaculaire, porté par les cirques et les spectacles itinérants. Des fauves, des éléphants, des otaries et même des oiseaux sont dressés pour accomplir des prouesses qui émerveillent le public. Si un tigre peut sauter à travers un cerceau enflammé ou un éléphant se tenir en équilibre sur un tabouret, pourquoi ne pas envisager qu’un poisson puisse être dressé pour tirer un bateau ?

Ce dispositif relève moins de la solution pratique que de l’exercice de créativité. Et pour cause, ce brevet comporte une addition qui concerne uniquement la fixation de ses figurines sur les poissons. Dans son addition, il ne parle déjà plus de l’application de son brevet pour autre chose que le loisir. Dès lors, bien qu’aucune application concrète n’ait vu le jour, cette idée d’un cavalier aquatique chevauchant un poisson, bien qu’utopique, incarne cet esprit inventif du XIXᵉ siècle, où la nature devient une source d’inspiration infinie pour réinventer le monde des possibles.

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NOM D’UNE PIPE ! UN BATEAU AVEC DES NAGEOIRES

Je vous demande si le cygne et le poisson sont jamais en besoin pour se diriger sur l’eau d’avoir une roue tournante au milieu du corps, ni dans l’hélice par derrière ? Evidemment non !

Cette citation est issue du mémoire descriptif du brevet n°50907 déposé le 13 juillet 1861 par Joseph Plantier et madame Vitaline Guillebont née Fremont pour un bateau avec…des nageoires !

Découvrez-en plus sur ce brevet étonnant !

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Ce brevet propose un système de propulsion à nageoires à charnières pour navires, embarcations, et même aérostats. Les déposants s’inspirent des mouvements naturels des animaux comme le cygne ou le poisson, et cherchent à améliorer la rapidité, la manœuvrabilité, et la sécurité des embarcations tout en réduisant le bruit des moteurs. Comme le soulignent les déposants, les nageoires offrent une alternative aux hélices bruyantes et dangereuses, en répartissant le dispositif de propulsion sur plusieurs points, ce qui limite les risques d'accidents.

Le système se distingue aussi par sa polyvalence : il peut être adapté à tous types d’embarcations, qu’elles soient mues par la vapeur, la force humaine, ou d’autres énergies. Les nageoires, facilement remplaçables en cas d’avarie, de coup de canon ou de guerre navale, renforcent la durabilité et la fiabilité du dispositif. En outre, ce système permet d’accroître significativement la vitesse des navires et de maintenir leur efficacité même dans des conditions difficiles.

Les inventeurs expriment une ambition internationale, évoquant la possibilité de diffuser leur brevet auprès des « marines des nations du monde ». Leur vision dépasse ainsi les frontières, cherchant à transformer les standards de la navigation. Ce brevet est prophétique car il anticipe les préoccupations contemporaines sur les bateaux à nageoires. Plus qu’une simple invention, ce brevet incarne une réflexion avant-gardiste sur l’efficacité, la durabilité, et la sécurité de la navigation.

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Brevet n°50907 déposé par Joseph Plantier et madame Vitaline Guillebont née Fremont le 13.07.1861 pour un "système de propulseurs à nageoires à charnières, applicable à tous les navires [...]" (1BB50907, archives INPI).
Brevet n°50907 déposé par Joseph Plantier et madame Vitaline Guillebont née Fremont le 13.07.1861 pour un "système de propulseurs à nageoires à charnières, applicable à tous les navires [...]" (1BB50907, archives INPI).
Brevet n°50907 déposé par Joseph Plantier et madame Vitaline Guillebont née Fremont le 13.07.1861 pour un "système de propulseurs à nageoires à charnières, applicable à tous les navires [...]" (1BB50907, archives INPI).
Brevet n°50907 déposé par Joseph Plantier et madame Vitaline Guillebont née Fremont le 13.07.1861 pour un "système de propulseurs à nageoires à charnières, applicable à tous les navires [...]" (1BB50907, archives INPI).

LE BATEAU HYBRIDE

Au XIXe siècle, la fascination pour la conquête de l'air et de l'eau anime les esprits visionnaires. En 1899, Anastasia Baumann dépose un brevet pour un véhicule maritime et aérien, une machine hybride combinant ailes, voiles et un corps flottant.

Entre imaginaire et réalité, plongez dans l’univers du bateau volant d’Anastasia Baumann….

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La déposante décrit son invention comme suit : « Mon invention a pour objet un véhicule qui par rapport aux constructions connus, […] peut être utilisé aussi bien comme véhicule maritime que véhicule aérien. […] Un véhicule caractérisé par l’emploi de surfaces en cerf-volant, d’ailes voiles et d’un corps flottant dans le but de pouvoir être employé pour l’air aussi bien que pour l’eau. »

C’est alors l’ambition d’un moyen de transport révolutionnaire capable de parcourir aussi bien les flots que le ciel. Cette invention reflète l'esprit d’une époque où les avancées technologiques s’efforcent d'élargir les horizons humains, symbolisant une quête de mobilité sans frontières.

Le brevet de Baumann n’est pas sans rappeler l’Albatros de Jules Verne, qui, dans son ouvrage Robur-le-Conquérant publié en 1886, qui capture déjà cet élan de navire aérien propulsé par des hélices électriques.

Brevet n°292124 déposé par Mademoiselle Anastasia Baumann déposé le 29.08.1899 pour un "véhicule maritime et aérien" (1BB292124, archives INPI).
Brevet n°292124 déposé par Mademoiselle Anastasia Baumann déposé le 29.08.1899 pour un "véhicule maritime et aérien" (1BB292124, archives INPI).
Brevet n°292124 déposé par Mademoiselle Anastasia Baumann déposé le 29.08.1899 pour un "véhicule maritime et aérien" (1BB292124, archives INPI).
Brevet n°292124 déposé par Mademoiselle Anastasia Baumann déposé le 29.08.1899 pour un "véhicule maritime et aérien" (1BB292124, archives INPI).

Ces visions, bien que fictives, s'inscrivent dans un contexte où l’innovation cherche à redéfinir les moyens de transport, combinant vitesse, efficacité et nouvelles dimensions de voyage.

Le brevet de Baumann, tout comme l’Albatros de Jules Verne, incarnent cet optimisme technologique. Ils témoignent de la volonté de transformer l’impossible en réalité, de créer des véhicules capables de transcender les éléments et d’ouvrir de nouvelles voies vers l’avenir.

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L’homme a fini par conquérir les airs, comme il a conquis les mers, et rien désormais ne saurait limiter l’étendue de ses voyages.

Jules Verne, Robur-le-Conquérant, Hetzel, Paris, 1886, p.29.

Si les véhicules aquatiques ont repoussé les limites de la mobilité sur et sous l’eau, l’aspiration à dominer les cieux émerge maintenant comme un défi tout aussi ambitieux. L’air, espace infini et inexploré, devient ainsi le terrain où s’expriment de nouvelles visions. Ce tournant annonce des inventions encore plus audacieuses, qui s’élancent désormais vers les cieux.

VÉHICULES AÉRIENS

QUAND LE MARITIME DEVIENT AÉRIEN

Au XIXe siècle, alors que la conquête des airs fascine, des brevets illustrent une tendance marquée : transposer des concepts maritimes au domaine aérien.

Brevet 1BA1180 déposé par Verger le 11.05.1818 pour des "procédés de construction d'un aérostat, appelé aérostat-baleine" (1BA1180, archives INPI).
Brevet 1BA1180 déposé par Verger le 11.05.1818 pour des "procédés de construction d'un aérostat, appelé aérostat-baleine" (1BA1180, archives INPI).

Dans le brevet que Verger dépose en 1818, il affirme que la forme et le mécanisme de son ballon s’inspirent directement de la nature, soulignant que les animaux marins et aériens ont des leçons précieuses à offrir à la technologie humaine.

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Brevet n°146718 déposé par Carl Wolfgang Petersen le 06.01.1882 pour des "perfectionnements apportés aux navires aériens" (1BB146718, archives INPI).
Brevet n°146718 déposé par Carl Wolfgang Petersen le 06.01.1882 pour des "perfectionnements apportés aux navires aériens" (1BB146718, archives INPI).

En 1882, Carl Wolfgang Petersen dépose un brevet pour une machine aérienne aux allures de bateau. Pour cette machine, il propose d’utiliser un système autonome de production de gaz chauds, permettant une élévation contrôlée.

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Qu’adviendra-t-il de ces machines, nées de la fusion entre mer et ciel ?

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Le ballon dirigeable de Verger est équipé d’un moteur et de pales rotatives. Dans son brevet, Verger prétend l’avoir testé avec succès, offrant une manœuvrabilité inédite, capable de pivoter, de graviter sans lest et de maintenir un équilibre sans perte de gaz.

Pour ce qui est de Petersen, l’idée est de combiner l’esthétique familière des navires avec des avancées technologiques, suggérant que la maîtrise de l’air, à l’instar des mers, repose sur une compréhension des fluides et les mêmes principes de navigation maritime.

Ces inventions témoignent d’une volonté d’appliquer des connaissances éprouvées sur l’eau à un élément encore largement inconnu.

Ces brevets projets, bien qu’ambitieux, restent avant tout des témoignages de leur époque. En s’appuyant sur des formes maritimes, ils traduisent une vision où l’eau et l’air sont des milieux complémentaires à maîtriser. Si les résultats pratiques de ces inventions restent incertains, leur influence résonne dans la recherche aéronautique moderne, qui continue de s’inspirer des leçons offertes par la nature et des technologies déjà connues telles que les inventions maritimes.


LE YACHT VOLANT

Brevet n°280698 déposé par Anton Kobylanski le 19.08.1898 pour un "navire aérien dirigeable dit yacht volant" (1BB280698, archives INPI).
Brevet n°280698 déposé par Anton Kobylanski le 19.08.1898 pour un "navire aérien dirigeable dit yacht volant" (1BB280698, archives INPI).

Cette planche du brevet d’Anton Kobylanski évoque un imaginaire digne des récits de science-fiction du XIXe, mêlant éléments de design aéronautique et maritime. Ce navire aérien dirigeable, dénommé le yacht volant, matérialise une vision fascinante d’un futur où les cieux deviennent un nouvel espace de navigation. 

Mais le déposant révèle que c’est aussi une arme pour la guerre aérienne… découvrez comment le yacht volant tente de changer la donne.

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Kobylanski propose une solution audacieuse pour surmonter les limites des ballons dirigeables de son temps, souvent incapables de résister aux caprices du vent ou de garantir des déplacements précis. Son yacht volant est conçu pour offrir une maîtrise totale des mouvements, qu’il s’agisse de monter, descendre ou se déplacer horizontalement, tout en assurant une sécurité maximale pour les passagers et les marchandises.

Cette invention ne se limite pas aux voyages de plaisance. Kobylanski imagine également son utilisation pour des missions militaires, notamment le transport de marchandises stratégiques ou le largage d’explosifs en temps de guerre. La planche du brevet représente un engin aussi intrigant qu’esthétique, avec des éléments rappelant un navire classique, combinés à des structures propres aux machines volantes.

« En tenant compte de tous les accidents qui peuvent se présenter, nous évitons tout danger pendant l’ascension, le vol et l’atterrissage », écrit Anton Kobylanski, résumant l’ambition ultime de son yacht volant : allier maîtrise technique et sécurité totale dans la conquête des cieux.

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LE PARI AÉRIEN DE LOUIS CHARLES LETUR

Louis Charles Letur, un artiste dramatique français, propose, en 1852, une machine permettant à son pilote non seulement de se soutenir dans les airs, mais aussi de se diriger pendant la descente. Dans son mémoire descriptif Letur affirme : « Mon but, ici, est simplement de pouvoir naviguer dans l’air en partant d’un point élevé pour arriver à un point plus bas. ».

Letur fait construire son invention et la teste : découvrez son histoire…

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Un après le dépôt de son brevet, en 1853, Letur présente son invention à l’Hippodrome de Paris, mais ne parvient pas à réaliser de vol. L’année suivante, il tente une expérience risquée à Londres en montant à bord du ballon de William Henry Adam. Le 27 juin 1854, un incident tragique survient : « le parachute fut ballotté avec une grande violence dans les branchages… » (The Sun, 1854). Le parachute se coince dans les arbres lors de la descente, et Letur, grièvement blessé, succombe à ses blessures quelques jours plus tard.

Malgré son échec, l’invention de Letur reste un jalon important dans la quête du vol contrôlé.

En 1852, la création de la Société Aérostatique et Météorologique de France marque le début de la reconnaissance de l’aviation comme une discipline scientifique, et l’idée de Letur précède les premières expérimentations de vols motorisés. Son brevet, est une contribution marquante aux débuts de l’aéronautique.

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Brevet n°14110 déposé par Louis Charles Letur le 19.07.1852 pour un "système d'appareil destine à soutenir une personne dans l'air, tout en lui permettant de se diriger" (1BB14110, archives INPI).
Brevet n°14110 déposé par Louis Charles Letur le 19.07.1852 pour un "système d'appareil destine à soutenir une personne dans l'air, tout en lui permettant de se diriger" (1BB14110, archives INPI).
Brevet n°14110 déposé par Louis Charles Letur le 19.07.1852 pour un "système d'appareil destine à soutenir une personne dans l'air, tout en lui permettant de se diriger" (1BB14110, archives INPI).
Brevet n°14110 déposé par Louis Charles Letur le 19.07.1852 pour un "système d'appareil destine à soutenir une personne dans l'air, tout en lui permettant de se diriger" (1BB14110, archives INPI).

LE PAPILLON IMPÉRIAL

Le brevet déposé en 1854 par Jean Baptiste Alexandre Bréant sous le nom poétique de papillon impérial, nous invite à prendre une fois de plus notre envol. Dans une époque où les transports connaissent une véritable révolution, ce modeste appareil illustre une approche plus intime et expérimentale de la conquête des airs, à hauteur d’homme.

Comment le papillon impérial tente de repousser les limites de la locomotion aérienne ?

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Le papillon impérial propose une combinaison d’ailes articulées permettant de s’élever à « cinq ou six mètres » et d’une rame fixée à la jambe pour augmenter la propulsion à l’aide du sol. Plus qu’un simple engin volant, c’est une tentative audacieuse de repousser les limites de la locomotion, à mi-chemin entre marche et vol. Dans ces années où la Société Aéronautique vient d’être fondée (1852), et où des pionniers comme Henri Giffard ou Félix du Temple dessinent les premiers contours de l’aéronautique, cette invention incarne un lien entre l’expérimentation individuelle et les grandes ambitions collectives.

À la croisée des rêves et des solutions pragmatiques, l’invention de Bréant reflète l’enthousiasme d’un siècle en mouvement, où la quête de liberté s’exprime autant sur terre que dans les airs. Elle nous rappelle que, parfois, la fascination pour les mécanismes les plus simples peut être aussi importante que les grandes avancées technologiques.

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Brevet n°19923 déposé par Jean Baptiste Alexandre Bréant le 17.06.1854 pour un "appareil aérien" (1BB19923, archives INPI).
Brevet n°19923 déposé par Jean Baptiste Alexandre Bréant le 17.06.1854 pour un "appareil aérien" (1BB19923, archives INPI).

LE BALLON DIRIGEABLE INDIVIDUEL

Brevet n°245317 déposé par Jean Nouguès le 22.02.1895 pour un "système de navigation aérienne dirigeable" (1BB245317, archives INPI).
Brevet n°245317 déposé par Jean Nouguès le 22.02.1895 pour un "système de navigation aérienne dirigeable" (1BB245317, archives INPI).
La présente demande de brevet d’invention a pour but de me garantir la propriété exclusive d’un nouvel appareil d’aérostation au moyen duquel l’homme qui en est muni peut se diriger en tous sens dans l’espace.

Cette citation est issue du mémoire descriptif de l'audacieux brevet de Jean Nouguès déposé en 1895 pour un appareil de navigation aérienne individuel, conçu pour permettre à l’homme de se déplacer librement dans les airs. Il s'agit d'un engin qui rompt avec les grandes nacelles collectives des aérostats classiques et place l’individu au cœur de l’expérience aérienne.

Et si vous aussi vous preniez votre envol avec le dirigeable individuel ?

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Cette machine repose sur une série de ballons reliés entre eux à un ballon principal qui supporte l’aéronaute - comme le nomme le déposant - attaché par des courroies. Mais l’innovation majeure réside dans la capacité à se diriger dans les airs : grâce à des ailes articulées fixées aux épaules, que l’utilisateur manœuvre à la force de ses bras.

Nouguès conçoit un engin léger et adaptable, rendant la navigation aérienne accessible, non pas comme un transport de masse, mais comme une aventure personnelle. Cette approche reflète l’évolution des conceptions technologiques de l’époque, cherchant à démocratiser et miniaturiser les inventions pour mieux s’adapter aux besoins ou aux loisirs individuels.

L’aéronaute incarne désormais une ambition que l’homme semble toucher du doigt : offrir une autonomie inédite dans un ciel jusqu’alors réservé aux machines imposantes et peu maniables. Bien que le dispositif n’ait pas connu de réalisation concrète, il illustre une étape importante dans l’histoire de l’aéronautique, où l’individu devient pleinement acteur de sa mobilité dans les airs.

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LE RÊVE D’ICARE : L’ANDROPTÈRE

« Que les terres et les ondes me fassent obstacle, soit ! Mais le ciel reste ouvert. Nous irons par là ; Minos peut bien maîtriser tout, il n'est pas maître de l'air. »
[…] « Icare, je te conseille de voler sur une ligne médiane, car, si tu vas trop bas, l'eau risquerait d'alourdir tes plumes, et trop haut, le feu du soleil pourrait les brûler. Vole entre les deux. […] ; suis ta route, en me prenant pour guide ! »

Ovide, Métamorphoses, Livre VIII, (183-235).

Les vers d’Ovide résonnent comme un avertissement contre l’ambition démesurée et la transgression des lois naturelles. Un écho particulier au brevet déposé en 1893 par Jules Toussaint Costa pour un appareil nommé androptère. Ce terme, issu de la contraction des mots grecs andros (homme) et ptère (aile), incarne sans équivoque l’ambition de son invention : offrir à l’homme le pouvoir de voler.

Découvrez comment Costa se rapproche du rêve d’Icare !

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L'androptère permet à l’utilisateur de voler sans l’aide d’une nacelle ou de lest, dans une posture proche de celle des oiseaux ou des poissons, ce que Costa qualifie de « natation aérienne ». Contrairement au mythe d'Icare, où la chute résulte de l’excès d’orgueil, l’invention de Costa propose un vol maîtrisé, respectant les lois naturelles et offrant une expérience sûre.

Dans sa vision, Costa ne se contente pas de proposer une innovation, il souhaite également la rendre accessible. Le brevet décrit en effet que tous les accessoires nécessaires au fonctionnement de l'androptère sont fournis dans une boîte. Cet aspect pratique reflète probablement d’un désir de démocratiser l'idée de vol, en offrant à toute personne intéressée les moyens d’expérimenter cette forme de liberté aérienne. Dès lors, le brevet de Costa n’est pas seulement un objet complexe, mais une proposition réaliste d'élévation humaine, prête à être utilisée de manière autonome.

Ce brevet s'inscrit dans une longue tradition de l'humanité fascinée par l'idée de voler tels les oiseaux. En permettant à l'homme de s’élever librement dans les airs, l'androptère concrétise un désir millénaire de libération, tout en intégrant une approche scientifique et technique prudente. Costa transforme ainsi le rêve ancestral de voler en une possibilité tangible, alliant ambition et respect des limites naturelles, offrant à l'homme une nouvelle manière de conquérir les cieux.

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Brevet n°228263 déposé par Jules Toussaint Costa le 28.02.1893 pour un "appareil donnant à un homme la faculté de s'élever dans les airs et de s'y diriger, dit androptère, homme ailé" (1BB228263, archives INPI).
Brevet n°228263 déposé par Jules Toussaint Costa le 28.02.1893 pour un "appareil donnant à un homme la faculté de s'élever dans les airs et de s'y diriger, dit androptère, homme ailé" (1BB228263, archives INPI).

Pour finir ...

Cette plongée dans les brevets peu connus du XIXe siècle révèle avant tout un foisonnement d’idées, parfois farfelues, souvent audacieuses, mais toujours marquées par une volonté de dépasser les limites techniques et humaines. Ces inventions improbables, témoignent d’une époque où le rêve et l’ingénierie se mêlent dans une quête effrénée de nouveaux horizons. Bien que beaucoup de ces projets n’aient jamais pris leur envol ou quitté les dessins des brevets, ils sont le reflet d'une imagination débridée et un optimisme technologique caractéristiques du XIXe siècle.

Entre la recherche de légèreté, les tentatives de reproduire les mouvements naturels des oiseaux ou des vagues, et l’ingénierie pragmatique des premiers moteurs, chaque invention s’inscrit dans une dynamique plus large : celle de repousser les limites du possible.

Si certaines de ces idées font sourire aujourd'hui, elles rappellent que l’innovation naît souvent d’essais et d’erreurs dont les brevets sont les témoins. Ces fous du volant, tout comme les grands noms de l'invention, participent à l’histoire des véhicules en tant que chaînons essentiels d’une évolution collective.